Des livres… et des liens : le club médias fête ses 10 ans

Créé en 2016 à la médiathèque de Biesheim, le club MEDia célèbre cette année une décennie d’engagement bénévole au service de la lecture. Portage de livres auprès des personnes âgées, café littéraire entre passionnés ou encore réparation d’ouvrages abîmés : derrière ces actions discrètes, une vingtaine de bénévoles font vivre, depuis dix ans, un même esprit de partage autour des mots et des livres. Parmi eux, Katy Dehon, relieuse de l’ombre au cœur de la médiathèque. Rencontre...

À la médiathèque de Biesheim, certains livres portent les stigmates du temps : dos émoussés, cahiers descousus, plats fatigués, tranches cornées. Mais ces marques d’usure racontent aussi l’histoire d’un patient travail de restauration. Derrière ces reliures reprises, ces charnières consolidées, ces pages recollées et ces volumes remis en tension, il y a Katy Dehon, bénévole depuis dix ans, depuis la première page de l’histoire du club médias.

Tout commence, comme souvent, par une fréquentation assidue des rayonnages. Lectrice fidèle, Katy pousse d’abord la porte de la médiathèque avec ses enfants. Puis, de fil en aiguille, elle accepte la proposition de Catherine Toitot, directrice de la médiathèque, de réparer les ouvrages éprouvés par les lectures successives : feuilles arrachées, dos fendus, coutures lâchées…

Formée par Joëlle Gogniat, bibliothécaire, puis par un relieur d’art, Katy Dehon apprend les fondamentaux de la reliure et de la restauration : démonter un volume, désassembler les cahiers, consolider une charnière, redonner de la tenue à une couverture, ajuster une tranche. Elle découvre surtout que réparer un livre ne consiste pas seulement à recoller une page volante :
« C’est comprendre l’architecture interne d’un ouvrage, son équilibre et sa structure. Il faut parfois démonter entièrement un livre pour mieux le reconstruire. Quand une page se décolle, ce sont souvent les cahiers entiers qui se fragilisent. Une réparation mal pensée peut rendre le livre inutilisable».

Son terrain de jeu favori ? Les livres complexes, souvent destinés aux enfants : albums animés, livres à tirettes, à volets, à systèmes mobiles ou à reliefs. Autant d’ouvrages où la mécanique interne, les pliages et les collages comptent autant que le texte. « Il faut analyser le mécanisme, sinon on aggrave la casse. »

Les mangas, en revanche, lui donnent davantage de fil à retordre. « Ils se lisent à l’envers, sont rarement paginés, leurs dos sont fragiles et ils s’abîment très vite. » Katy en connaît la raison : « Au Japon, ces ouvrages sont conçus pour un usage éphémère, lus puis jetés pour être réutilisés». Une logique à laquelle elle n’adhère pas. « Je ne peux pas imaginer qu’un livre abîmé finisse à la poubelle alors qu’on peut le réparer. »

Car au-delà de la technique, c’est une véritable philosophie de la réparation qui guide ses gestes : prolonger la durée de vie des livres, accepter de les démonter pour mieux les sauver.

Dans son atelier à la médiathèque, presses, colles spécifiques, pinceaux, fils de couture, aiguilles et plioirs composent son outillage. Les chiffres témoignent de cet engagement discret mais constant : 352 documents réparés en 2023 et 280 en 2024, à raison de deux à trois séances mensuelles de trois heures.
« Cela représente une économie de près de 3 000 euros par an », souligne Catherine Toitot, directrice de la médiathèque.

À l’heure où le club médias célèbre ses dix ans d’existence, le portrait de Katy Dehon s’impose comme une évidence : celui d’une bénévole qui, loin des projecteurs, veille à ce que les livres continuent de s’ouvrir, de se feuilleter… et de se transmettre.

Le club MEDia, c’est aussi…

Parallèlement à cette activité de reliure, le club MEDia, c’est aussi le café littéraire : un rendez-vous entre passionnés de lecture. Autour d’une table conviviale, quinze lecteurs se retrouvent pour échanger librement sur leurs lectures du moment.

Romans, polars, bandes dessinées, récits historiques ou nouveautés littéraires : tous les genres trouvent leur place dans ces discussions passionnées. Chacun est invité à présenter un livre qu’il a aimé, à partager un coup de cœur voire « un coup de gueule » ou à faire découvrir un auteur. « Ces rencontres sont l’occasion d’évoquer l’actualité littéraire, les prix récemment décernés ou les tendances du moment ou d’échange plus largement autour dun livre même si on ne l’a pas apprécié », souligne Catherine Toitot.

Et puis il y a aussi le portage de livres. Grâce au dispositif Lire et Faire Lire, dix bénévoles assurent un service de portage de livres pour les élèves dans les écoles de Biesheim et dans certaines écoles de Kunheim, Baltzenheim, Vogelsheim et Andoslehim. Parallèlement, trois bénévoles assurent un portage de livres dans plusieurs établissements pour personnes âgées, notamment les EHPAD de Neuf-Brisach et la résidence de la Girandière à Volgelsheim.

Concrètement, les bénévoles apportent, sur rendez-vous, une sélection de documents préparée en concertation avec les bibliothécaires. Romans, biographies, magazines ou livres en gros caractères : les choix sont adaptés aux envies et aux besoins des lecteurs.

Ces visites régulières sont souvent bien plus qu’un simple prêt de livres. Elles deviennent des moments d’échange et de convivialité, où l’on parle des histoires lues, des auteurs ou des souvenirs qu’éveillent certaines pages.

 

Le club MEDia en quelques chiffres :

  • 2016 : création du club
  • 27 bénévoles engagés dont certains se retrouvent dans différentes branches du club
  • Dont
  • 10 bénévoles pour Lire et Faire Lire
  • 15 lecteurs au café littéraire
  • 15 coups de cœur présentés à chaque séance
  • 352 livres réparés en 2023
  • 280 livres réparés en 2024

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